24 avril 2009
Actualités du droit...
28.10.2008
L'art, le corps et la loi
L’art, le corps et la loi. Il n’existe pas de liberté sans limite, et le débat est toujours intéressant lorsqu’il s’agit de la création artistique. Deux événements s’invitent dans l’actualité : l’intervention du Parquet de Paris hier à la FIAC pour retirer des photographies exposées, et l’ouverture à Marseille, au Palais des Arts, le 12 novembre 2008 de l’exposition « Our body / A corps ouvert ». La justice frappe très injustement Oleg Kulik à la FIAC alors qu’« Our body » patauge dans un consensus aussi mou que condamnable.
Oleg Kulik
Lors de la FIAC étaient exposées des photographies de l’artiste russe Oleg Kulik. Oleg Kulik est un des représentants de cet extraordinaire renouveau culturel russe. Ce photographe, né à Kiev en 1961, estime que le choix est entre l’adoration du monde ou la rébellion, la supplication ou la violence. Son œuvre se place dans cette lecture radicale, montrant l’humanité qui perd son humanité. Il pousse jusqu’à se placer en situation d’animal, et provoque avec ses photos. Parmi ses travaux, une série fameuse « Nouveau paradis », publiée en 2001, met en scène des corps humains nus dans des gestuelles pornographiques, superposés à la photographie d’animaux empaillés. Avec violence et profondeur, Oleg Kulik pose la question : où en sommes-nous ? et si nous étions proches du monde animal ?
On aime ou on n’aime pas. Mais la douane française avait repéré les œuvres lors de leur arrivée et informé le parquet de Paris. Et celui-ci a diligenté les policiers en civil du commissariat du 8ème arrondissement pour venir décrocher les œuvres, qualifiées de pornographiques ou de zoophiliques, et conduire les propriétaires de la galerie moscovite XL, Elena Selina et Serguei Khripoun au commissariat de police. Le Parquet vise l’article 227-24 du Code pénal : « le fait soit de fabriquer, de transporter, de diffuser par quelque moyen que ce soit et quel qu’en soit le support un message à caractère violent ou pornographique ou de nature à porter gravement atteinte à la dignité humaine, soit de faire le commerce d’un tel message, est puni de trois ans d’emprisonnement et de 75 000 € lorsque ce message est susceptible d’être vu ou perçu par un mineur ». Ce n’est pas l’image, mais le message qui est en cause.
Nous verrons bien si à la suite de leur audition, les titulaires des droits sur ces œuvres sont renvoyés au tribunal. Cette enquête présuppose une interprétation du message. Or, sauf à nier toute réalité artistique, il est bien évident que le message n’avait rien de pornographique ou de zoophilique. Le procureur poussera-t-il son avantage jusqu’à une audience en correctionnelle ? J’en doute.
Ce qui est inacceptable, c’est le fait que sans aucune décision de justice, car aucun juge ne s’est prononcé – ne confondons pas un procureur et un juge - les policiers aient pu exiger le retrait des photographies. Nous sommes alors très clairement dans le registre d’une police morale, et c’est grave. Et il est grave aussi que les dirigeants de la FIAC n’aient pas offert une meilleure résistance face à une attaque aussi frontale.
Our body/A corps ouvert
Tout autre est le débat s’agissant de l’exposition « Our body/A corps ouvert » qui s’ouvre à Marseille ce 12 novembre au Palais des Arts, ce après bien d’autres villes du monde, dont Lyon. Ecoutons les organisateurs : « Our body /A corps ouvert, est une exposition fascinante à la fois artistique et éducative qui montre de véritables corps et organes humains. Destinée à tous cette exposition va littéralement « sous la peau » et relève les mystères de l’anatomie de l’homme ». 17 corps humains écorché, et une centaine d’organes.
Ce qui est exposé ce sont de véritables corps humains conservés par le procédé connu sous le nom d’imprégnation polymérique : dans les heures qui suivent la mort, les fluides corporels sont remplacés par des polymères afin de créer un spécimen anatomique solide et durable presque éternel. Il s’agit donc de cadavres traités de cette manière, avec un résultat impressionnant tant sur le plan esthétique que scientifique.
Le principe de cette exposition n’a plus rien à voir avec les photographies d’Oleg Kulik. Car sont exposés de véritables corps humains. Le site
officiel de l’exposition ne dit rien sur la provenance des corps. On sait que les corps viennent de Chine, et il est dit qu’il s’agirait de personnes ayant donné l’accord. Quel accord ? Où ? Quelle sincérité ? Pourquoi la mort pour ces corps intacts ? Le plus grande doute existe, et un seul doute aurait du conduire à refuser l’exposition.
Ensuite, leur consentement suffirait-il ? Je ne le crois pas. Cette exposition se donne des airs qu’elle ne mérite pas en vantant la connaissance scientifique, pour mieux masquer la fascination pour la mort. Un voyeurisme très clean et soft, accompagné d’une chansonnette expliquant que cet exerce de vérité marque notre distance avec la mort. Ben voyons…. Non, nous n’avons rien réglé avec la mort.
Le spectacle des humains déshumanisés au seul motif que la science et la Chine le permettent, passe par pertes et profits la mémoire de ces corps qui on porté la vie, et qui la porte encore. Le spectacle ne change rien. Entretenons les illusions.

14:16 Publié dans Blog, Science, Web | Lien permanent | Commentaires (41) | Envoyer cette note | Tags : censure, art, loi, corps humain, dignité
Commentaires
Un peu de l'oeuvre d'Oleg Kulik
http://www.rabouan-moussion.com/
Ecrit par : gilles devers | 28.10.2008
L'exposition Our body/A corps nu
http://www.ourbodyacorpsouvert.com/accueil.php
Ecrit par : gilles devers | 28.10.2008
Ouai , bof , beurk , gulp ,couiq, zilp , bique , chie , pisse, crache , mdr
R.A.B
Ecrit par : jp2 | 28.10.2008
En ce qui concerne "l'oeuvre" d'Oleg Kulik, c'est une affaire de goût. On dirait plutôt que ça a été fait par un adolescent boutonneux travaillé par ses hormones et encore incertain de sa sexualité. Mais, bon, je crois qu'on voit pire tous les jours sur les vitrines de nos kiosques à journaux.
Pour l'exposition "Pour body/A corps nu", l'aspect apparemment intact des corps ne veut pas nécessairement dire que leurs anciens propriétaires ont été forcés à les donner. Mon grand-père, qui avait 95 ans, avait "donné son corps à la Science". Mon frère, qui avait 42 ans, idem. Ils savaient tous les deux que leurs restes pouvaient faire l'objet de blagues (assez lourdes) de carabins, ou finir éventuellement plastifiés. Tous les deux l'avaient bien évidemment évoqué mais ils ne se sentaient que très peu concernés. Peut-être ces Chinois pensaient-ils de même ?
Cela dit, il est vrai que ça a un petit air d'étal de boucherie. Ce qui est, pour le végétarien que je suis, peu ragoûtant !
Ecrit par : LeProvençal | 28.10.2008
"Nous sommes alors très clairement dans le registre d’une police morale, et c’est grave"
Tout est la en ce qui concerne le photographe. Un decalage complet venue de l'interpretation etriquee. Tous les jours nous sommes soumis a des images tres dures de la vie au travers des news ou "simplement" du quotidien. Et personne ne vient les censurer car elles sont la vie. Ici, des gratteurs de papiers en kepi se posent en moralistes. Quelle tristesse et quelle insulte a l'art, qu'on aime ou pas.
Quant a la deuxieme expo, on dirait qu'il s'agit du travail de l'Allemand anatomiste Gunther von Hagens. Il y a eu beaucoup d'accusations, refutees car non etayees a son encontre. Les corps viennent d'un peu partout. Des milliers de personnes ont demande a faire partie de son "programme" et qques centaines ont ete selectionnees. Ce travail est a la fois choquant et fascinant. Choquant de voir un veritable corps humain ainsi depouille de vie et maintenu dans un etat de suspension presque, et fascinant pour les memes raisons et pour cette possibilite de voir de "pres" cette fantastique machine qu'est le corps humain. Van Haggens n'est pas un apprenti sorcier. Il nous force a regarder ce qui fait notre humanite differemment. Melange de sublimation et de demytification. J'avoue que je n'ai pas adhere tout de suite a l'idee de ses shows mais graduellement, surtout apres l'avoir entendu ici et la dans des interviews.
Ecrit par : anna donskoy | 28.10.2008
Aurait-on trouvé un disciple de Mengele pour faire expérimentations avec exposition d'êtres humains à Marseille ? Très curieux tout de même, cela ne rappelle-t-il pas un autre précédent du siècle dernier à Paris ?
Ecrit par : Jean | 28.10.2008
C'est très intéressant ce que vous dites sur l'affaire de Oleg Kulik.
Ecrit par : Yury | 28.10.2008
Sur l'affaire Oleg Kulik.
Je trouve une très grande force aux photos, et aux démonstrations de Kulik. (Sacrée Russie, que de talents...)
Dans l'attitude du Parquet, il y a d'abord de quoi sourire. Discours "la Justice est débordée par la petite délinquance des voyous..." "Pas le temps de relire les arrêts" Bon, je vois qu'il reste un peu de temps pour des procédures douteuses à la FIAC, quand personne ne se plaint de rien...
ET je distingue.
Une enquête... Pourquoi pas? Enquêtons, c'est bon pour les statistiques, car ce sera une affaire élucidée.
Mais imposer de décrocher les photos? Abus de droit ! Seul un jugement pouvait le permettre. C'est là que commence l'ordre moral quand la police dit ce qu'il faut faire et penser.
J'imagine ce qui ce dirait si dans un pays de là-bas, nous avions une expo de jeunes et jolies femmes (DSK, calme- toi !) interdite par la police, avec les flics qui enlèvent les photos et les responsables embarqués avec les menottes.
Ecrit par : gilles devers | 28.10.2008
Clin d'oeil en forme de petite pub.
Vient de paraitre
http://www.decitre.fr/livres/Code-des-soins-en-sante-mentale.aspx/9782757302033
Ecrit par : gilles devers | 28.10.2008
Avec de tels raisonnements sur l'art, on décrocherait les trois quarts de l'oeuvre de Goya du musée du Prado. Les corps plastifiés c'est un peu dégueu; je préfère la viande rouge saisie et saignante lol.
Ecrit par : Mathaf Hacker | 28.10.2008
J'aime bien celle-ci :
http://www.art-interview.com/Issue_006/Issue_images/Kulik-007.jpg
Ecrit par : Mathaf Hacker | 28.10.2008
L'Art n'est pas plus porno que le gynéco qui enfonce son bistouri dans le vagin.
La seule chose qui est gluante et vulgaire c'est le sens commun de la raison trop raisonneuse d'animaux à deux pattes dégénérés en uniforme.
Le génie atteint une cible que la vulgaire ne peut voir. C'est pourquoi le vulgaire préfère le simple talentueux qui atteint une cible qu'il peut voir, comme un ballon au but.
Qu'importe qu'il soit arrêté, l'Art ne devrait jamais être livré en pature à la foule ignorante et stupide.
Ecrit par : ingenys | 28.10.2008
Un speculum suffira.
Ecrit par : gilles devers | 28.10.2008
Magnifique ce Kulik-007, Mathaf ! Mais cache ce corps qui va shocked plus d'un.
J'aime bien le Kulik-005 aussi.
C'est vrai que la nudité dans les pays de l'Est n'a pas le même tabou que dans les pays cathos qui voient le mal partout.
Un speculum ça s'appelle ! Je suis nul en médecine et pharmacie. Merci de m'apprendre.
Ecrit par : ingenys | 28.10.2008
Plus sérieusement j'espère vivement que la FIAC et nos amis russes vont réagir au juste niveau.
L'inteview publiée par 20 minutes ce soir montre que cette descente de flics étaient surtout de l'intimidation.
http://www.20minutes.fr/article/267472/Culture-Martin-Bethenod-La-lecture-des-images-contemporaines-n-est-pas-facile-dans-notre-societe.php
Dans une France normalement constituée, la police qui vient décrocher des oeuvres souléverait des protestations unanimes, et obligerait à poser des questions sur "comment est ce possible ?"
Ecrit par : gilles devers | 28.10.2008
C'est parfaitement honteux, qu'on arrête de nous canuler avec : "la France patrie des droits de l'homme" c'est grotesque. J'ai regardé les photos de Kulik sur Google image, il n'y a pas de pornographie, c'est de la création artistique. Quelle société minable.
Ecrit par : Mathaf Hacker | 28.10.2008
Ingenys
Ce qui est fascinant dans le Kulik 007, c'est le regard de la fille qui enserre le garçon de ses bras et de ses jambes. Elle dit :"pas touche sinon garre ! C'est ma chose que je vais façonner pour le destin que j'ai choisi". Le garçon est baba, il n'a pas tout à fait compris la trame, il est juste amoureux.
Ecrit par : Mathaf Hacker | 28.10.2008
Gilles,
Félicitations pour la parution de votre ouvrage, un point de plus sur votre speculum vitae.
Ecrit par : Mathaf Hacker | 28.10.2008
Speculum vita est
Ecrit par : gilles devers | 28.10.2008
tout est art ? même la jeune femme GI qui tenait une laisse avec un taliban au bout ....à moins qu'il ne s'agisse d'une vulgaire copie russe de l'œuvre militaire américaine ....?
Ecrit par : jp2 | 29.10.2008
tout est art ? même la jeune femme GI qui tenait une laisse avec un taliban au bout ....à moins qu'il ne s'agisse d'une vulgaire copie russe de l'œuvre militaire américaine ....?
Ecrit par : jp2 | 29.10.2008
Rien d'étonnant. Désormais, les artistes doivent marcher au pas. Il y aura bientôt des camps de rééducation pour les plasticiens qui ne sont pas artistiquement corrects.
Et j'en sais quelque chose. Voici un récapitulatif de mon affaire (autres infos et réactions sur mon blog d'Archives : http://pissierarchives.canalblog.com/) :
RECAPITULATIF DU 19 OCTOBRE 2008
Chers amis, chers lecteurs et, surtout, chères admiratrices.
Comme vous le savez sans doute déjà, je me trouve actuellement au centre d’une affaire grotesque où je suis censé risquer trois ans de prison ferme et 75.000 euros d’amende.
Je récapitule les faits. J’envoie, en mai ou juin 2008, quatre cartes postales destinées à une exposition d’Art Postal (ou « Mail-Art »), intitulée « Erotic Moments », organisée par Mr Mark Falkant (Sodener Str. 20 / 65779 Kelkheim / Allemagne). Il s’agit de collages effectués à partir de cartes postales du bon village de Castelnau-Montratier, et de vieilles photos d’une petite amie, prises vers 1991-92, où celle-ci porte, ô incommensurable horreur, des pinces à linge sur les seins (deux ou trois sur chaque, pas de quoi fouetter un chat, sans jeu de maux).
Je les envoie, sans les mettre sous enveloppe, ainsi que font les puristes de l’art postal. Après tout ce que j’ai vu passer comme Mail-Art à caractère sexuel en 25 ans de pratique, je ne pouvais concevoir qu’elles posent problème.
Elles finissent par en poser un. Le Directeur de la Banque Postale de mon village m’en informe un jour, m’indiquant que le Directeur du Centre de Tri de Cahors en avait été fort ému. Je sais bien que je ne suis pas un mauvais photographe érotique, mais quand même…
Je prête peu attention à l’affaire, bien que désormais en possession du numéro de téléphone du susdit Directeur. Je n’ai pas le temps de l’appeler pour le réconforter ou me pencher sur mes problèmes. Je travaille en effet depuis neuf mois à l’élaboration du Premier Festival International de Mail-Art de mon village : les fameuses « Rencontres de l’Art Postal » (blog : http://montratier.canalblog.com).
A quelques jours de l’inauguration de ce festival, ô surprise, je reçois une convocation m’intimant de me présenter en les locaux de la Gendarmerie de Castelnau-Montratier en raison d’un « dossier me concernant ». J’y vais, et me retrouve auditionné, dans le cadre d’une enquête préliminaire, par des gens qui ne feront pas l’effort, ou n’auront pas la décence, de se présenter (c’est bien plus tard que j’apprendrai qu’il s’agit de la Brigade de Recherches de la Gendarmerie de Cahors). L’on me pose tout d’abord des questions relatives à ma vie professionnelle… on m’exhibe mes cartes postales (sous scellés), en me déclarant « qu’on » a porté plainte contre moi en usant de l’article 227-24 du Nouveau Code Pénal, lequel stipule que : « Le fait soit de fabriquer, de transporter, de diffuser par quelque moyen que ce soit et quel qu'en soit le support un message à caractère violent ou pornographique ou de nature à porter gravement atteinte à la dignité humaine, soit de faire commerce d'un tel message, est puni de trois ans d'emprisonnement et de 500 000 F d'amende lorsque ce message est susceptible d'être vu ou perçu par un mineur. »
Je réplique : « La boîte aux lettres est majeure, le facteur et les employés du centre de tri aussi, et encore idem pour ce qui est du destinataire. »
Et mon interlocuteur de me donner cette réplique historique : « Oui, mais imaginez que le facteur ait vos cartes à la main, qu’il les fasse tomber, et qu’à ce moment passe un mineur qui les voit. Susceptible de. La loi, c'est la loi. »
Authentique. Ca laisse sans voix.
Dans le même registre de crédibilité, l’on pourrait tout autant concevoir qu’une soucoupe volante pleine d’aliens – susceptibles d’exister – passe au-dessus de la boîte aux lettres, use d’un rayon dématérialisant pour subtiliser la carte postale, puis d’un second rayon pour la rematérialiser dans une école maternelle. Susceptible de.
L’on continue à m’interroger, à m’interroger, encore, encore, encore et encore. On veut tout savoir de ma vie privée. On me demande l’identité de mes modèles. De mes maîtresses. On me questionne sur mon état de santé. On me demande même si je suis franc-maçon… et ceci, et cela… avec une inénarrable affabilité… et une maîtrise de soi que ne renieraient point Houdini ou les maîtres hindous…
Puis, on me laisse le « choix », démocratique comme une bulle du Pape, entre une garde à vue et un assentiment de perquisition.
Je choisis la perquisition, pour deux raisons. La première : nous sommes le 3 juillet. Notre festival s’ouvre le 15, dans douze jours, et je suis en pleine finition, en train de régler les derniers détails. Je ne veux pas perdre de temps inutilement. En outre, seconde raison, bien qu’appréciant les pratiques sado-masochistes, je n’ai pas une immense envie de passer la nuit en compagnie de ces braves gens, et de cet anneau fixé dans le mur à trente centimètres du sol – lequel, assurément, ne saurait porter gravement atteinte à la dignité humaine.
Quelle erreur ! Car après avoir évidemment « retourné » mon appartement (pour trouver quoi, d’ailleurs, le « corpus delicti » - les cartes postales – étant d’ores et déjà en leur possession), on m’embarque l’ordinateur – mon fidèle iMac, plein de mes contacts et de mon travail, prêts à grossir les fichiers totalement illégaux de la Gendarmerie Nationale, bien pires que la fameuse Edwige.
Les jours passent. Je réussis à monter ce festival de Mail-Art grçace à l’aide prévue ou inattendue de nombreux habitants du village ou des environs (merci Olivia, merci Jean-Phi, merci Fred, merci Steph, merci Marta, merci Olivier, merci Boris, Merci Monika, merci Karine, merci Nathalie, merci Yohan, merci Laurent, et merci ceux que j’oublie, vous fûtes extraordinaires…), mais c’est là tâche ardue, je suis sous tranquillisants pour tenir le coup. En effet, tout mon programme, le listing des œuvres à exposer et de celles encore à encadrer, les contacts de nos invités (dont deux venant de Belgrade, Srdjan Kamperelic et Ana Milovanovic), tout est dans l’ordinateur saisi (dans le but d’y trouver des cartes postales violant l’article 227-24, n’en doutons point).
Evidemment, la matinée du 15, vingt minutes avant l’inauguration, deux gendarmes viennent visiter l’exposition (sans prendre de tickets d’entrée), sans doute pour vérifier la bonne moralité d’icelle.
En dépit de toutes ces péripéties, l’événement a lieu et connaît un certain succès. Ce ne sera pas – bien sûr – ce que cela aurait dû être. Mais l’Association au sein de laquelle j’œuvre, la RGBD, ne perdra pas d’argent.
Le festival se clôt le 20 juillet. Après celle-ci, je prends du repos. Le 26 août, je vois mon avocat, Maître Baduel, du barreau de Paris. Nous décidons du système de défense, et la riposte s’enclenche.
Il est clair que toute la procédure de la maréchaussée était totalement abusive, illégale. Tout est parfaitement incroyable dans cette affaire : emploi abusif d’un article du Nouveau Code Pénal (le 227-24, Jacques Toubon dixit, n’a jamais été conçu dans le but de poursuivre des artistes), procédure abusive, viol de la vie privée. En outre, Mme la Substitut du Procureur répond aux journalistes que « l’enquête se poursuit ». Mais enquête sur quoi ? Si plainte a été déposée contre moi en usant du 227-24, les autorités possèdent le « corpus delicti » (les cartes postales), le mobile (l’exposition en Allemagne), et l’affreux coupable (moi). Ou alors, c’est que l’on enquête sur autre chose. Et, en clair, il s’agirait alors du détournement d’une procédure elle-même initialement abusive…
Peu à peu, l’affaire se médiatise, d’abord dans la presse locale (merci à Florian Moutafian de « La Dépêche du Midi »), régionale (« L’Echo »), nationale avec entre autres les articles de L.L. de Mars in « CQFD » et d’Agnès Giard sur le blog de « Libération ». La presse internationale ne tarde pas à suivre (« The New Yorker » aux USA, « El Universal » au Mexique », etc.). « France Info » nous interviewera peu de temps après, mon avocat et moi-même. FR3 s’en mêle et je passe aux régionales les 6 et 7 octobre. Un blog de soutien, animé par divers dessinateurs de presse, se crée (http://soutienpissier.canalblog.com/).
Nous en sommes là.
Je ne crois pas qu’il faille baisser les bras, même si de tels agissements semblent hallucinants dans une prétendue démocratie. Et j’ai bien dit « prétendue ».
Me filer un coup de pince ?
Un Comité de Soutien se monte en la bonne ville de Cahors.
Son adresse :
Comité de Soutien à Philippe Pissier, c/o Libraithèque « Le Droit à la Paresse », 68 rue Saint-James, 46000 Cahors, France. Tél. 05.65.22.01.51. Contact : Michel Guillaumin, 06.79.89.13.18. miguillaumin@wanadoo.fr
Dans la phase actuelle, celle de la médiatisation, le plus utile est de faire circuler au maximum sur la Toile les divers articles et textes relatifs à cette affaire.
Merci de bien avoir voulu lire ce long – mais nécessaire - récapitulatif de ma mésaventure.
Philippe Pissier, 19 octobre 2008.
Ecrit par : Philippe Pissier | 29.10.2008
Dans l'Art, les acteurs sont en général, pour l'Art véritable, consentants.
Je doute, cher jp2, que le taliban en laisse fut consentant. Donc ce n'est pas de l'Art.
Ecrit par : ingenys | 29.10.2008
Moralité, Philippe Pissier, faut faire attention où l'on met ses pinces à linge.
La gendarmerie est très attentive à des pinces à linge qui tomberaient à terre et que des enfants pourraient voir. C'est tristement comique la maréchaussée.
Ecrit par : ingenys | 29.10.2008
La morale de l'histoire c'est que la poste a l'œil à tout ....moi je préfèrerai qu'elle se préoccupe des 1 500 000 colis qui disparaissent chaque année !
Ps : prière de rectifier ce chiffre s'il est erroné ...et de nous donner le nombre de lettres qui subissent le même sort
Ecrit par : jp2 | 29.10.2008
Enfin, un système planétaire à l'élipse régulière.
"Une équipe d'astronomes de la Nasa vient d'annoncer qu'elle y avait détecté un système planétaire étonnamment similaire au nôtre (..)
Epsilon Eridani est une étoile située à 10,5 années-lumière de la Terre, légèrement plus petite et plus froide que notre soleil, mais beaucoup plus jeune puisqu'elle n'est âgée que de 850 millions d'années- contre 4,6 milliards d'années pour le soleil."
Finalement, puisque l'autre article de 20 mn déclare qu'en 2035, il nous faudra 2 planètes Terre pour survivre à la surpopulation, je propose qu'on commence à coloniser une autre planète. Ce sera mieux qu'une nouvelle guerre mondiale.
Suffira de trouver comment voyager à la vitesse de la lumière, et en 10 ans de promenade on est sur une autre Terre toute neuve sans crise économique. Subprimes et banquiers s'abstenir du voyage.
http://www.20minutes.fr/article/267834/Sciences-Un-jumeau-pour-le-systeme-solaire.php?xtor=AL-82
http://www.20minutes.fr/article/267800/Monde-Humanite-cherche-planete-supplementaire.php?xtor=AL-82
Ecrit par : ingenys | 29.10.2008
J'ai oublié le nom de ce photographe américain qui construit des tableaux avec des parties de cadavres. Quel est le sens de cet art qui n'est là que pour nous faire vomir ?
Il surfe sur la vague racoleuse des giclées d'hémoglobine qui souille depuis plusieurs années le petit écran. Avez-vous remarqué ces séries américaines ou française, qui, à l'heure du dîner, nous régalent d'analyses criminelles en labo ? Les remarque-t-on encore, tant il est difficile d'apercevoir autre chose ?
La nouvelle série policière de France2, diffusée hier soir, était remarquable. L'esprit des intrigues du XVIIIè était réhabilité, loin des éclairages sophistiqués des morgues US. Bravo à notre chaîne publique !.. un bon début.
Ecrit par : CavalierDeSaDame | 29.10.2008
On ne s'ennuie pas la FIAC
http://www.lemonde.fr/culture/article/2008/10/25/hitler-se-vend-bien-a-la-fiac_1111080_3246.html
Ecrit par : gilles devers | 30.10.2008
Ca me fait penser à un débat très actuel en Indonésie, où les islamistes s'appuient sur des lois très générales sur la pornographie pour agresser les minorités. Ils ciblent les balinais (hindouistes) et les minorités chrétiennes. Ca ne plaisante pas, ça se traduit en meurtres, et incendies. Froid dans le dos.
Ecrit par : Mathaf Hacker | 30.10.2008
l’Observatoire de la liberté de création demande la modification de l’article 227-24 du code pénal
http://www.hns-info.net/spip.php?article15932
Ecrit par : gilles devers | 31.10.2008
Les députés indonésiens ont adopté aujourd'hui une loi "anti-pornographie" destiné à punir les actes considérés comme "obscènes", malgré l'opposition de partis modérés et des minorités non-musulmanes.
Le texte, dont l'initiative revient à des musulmans conservateurs, a été approuvé par les partis de la majorité du président Susilo Bambang Yudhoyono et les principales formations se revendiquant de l'islam.
Les députés de deux partis opposés au texte, dont le Parti démocratique indonésien de lutte (PDI-P) de l'ex-présidente Megawati, ont quitté l'hémicycle en signe de protestation.
L'objectif de la loi, amendée par rapport au projet initial, est de punir les oeuvres et les actes corporels jugés obscènes et qui portent atteinte à "la moralité de la communauté".
Quiconque sera reconnu coupable d'avoir fait commerce d'oeuvres pornographiques sera passible d'une peine de prison allant de 6 mois à 12 ans.
"Cette loi va protéger la culture, les coutumes et les croyances religieuses. Elle va aussi offrir une protection aux enfants", a déclaré le ministre chargé de la religion, Maftuh Basyuni, en assurant que toutes les opinions avaient été prises en compte. Mais les opposants -partis laïques, artistes, élus de Bali ou de Papouasie...- ont dénoncé le flou du texte, à la fois sur la définition de la pornographie et sur les moyens de la dénoncer.
Ecrit par : gilles devers | 31.10.2008
un petit avant gout ....
Ecrit par : jp2 | 31.10.2008
Au diable l'indonésie ! Vive la pornographie ! Bien que l'érotisme soit plus artistique.
Encore la religion pour interdire, toujours interdire et contraindre à vivre comme des morpions.
Ecrit par : ingenys | 31.10.2008
ingenys chez nous c'est pas la religion qui décide ! c'est la république !
Dans les républiques islamiques c'est la religion qui fait la loi ...
Ecrit par : jp2 | 31.10.2008
8 h du mat ! Jp2 est tombé du lit aussi.
C'est pourquoi toute théocratie est à bannir. Heureusement que chez nous on a eu 1905, sinon elle ferait pareil. C'est la qu'on voit que l'on est plus évolué pour la liberté que les pays encore au moyenâge. Mais depuis quelques années on régresse à nouveau. Bcp de signes de tentatives de retour à la morale restrictive. La morale c'est toujours celle des autres.
Ecrit par : ingenys | 31.10.2008
L'indonésie est le premier pays musulman au monde, un détail.
Ecrit par : Mathaf Hacker | 31.10.2008
Chez Babou, j'ai trouvé un grand sac pour y loger Albanel qui laisse faire ça sans rien dire, MAM qui envoie ses flics contre l'art, et deux ou trois barbus d'Indonésie qui votent des lois illégales.
Ecrit par : gilles devers | 01.11.2008
Un des maitres de l histoire de l Art Anton Ehrenschweig a publié un ouvrage qu il a écrit en 3 ans pour tenter de défir la creation artistique de la façon la plus intropective qui soit.
son analyse part du fait que l enfant est créatif jusqu a 6 ans c est la création syncrétique ,puis vient la création analytique ou l enfant analyse les contours et tente de les restituer avec un crayon ! puis vient l age de la puberté ou la création s exprime par l amour de l autre puis le désir et le désir de procréer donc de créer pour donner.Puis au fil du temps deux sorte de créations peuvent naitre : la création par procuration : Hitler fut un immense créateur lui étant le male et Speer architecte la génitrice de ses projets de remodelage de l Univers et ceci sans la moindre sexualité ! les projets échappaient a toute morale ou éthique d ou la catastrophe générée par ce maelstrom syncrético -diabolique destructeur de races.L artiste confirmé releve d un autre systeme de fonctionnement : soit il reste sur un registre analytique pur et ressent et interprete un paysage comme Orowitz interprete scarlatti soit il revient a l age de 6 ans et enfreint tous les codes de l académisme et ose tout ! c est de ces deux sortes d artistes que sortent quelques génies : 2 a 10 par siecle : Samson François Richter ou Orowitz pour l interprétation pianistique et Glenn Gould Jerome Bosch van Gogh qui était a la différence d Hitler un créateur hermaphrodite ! il cherchait éternelle génitrice putative et sans la trouver il s auto féconda pour enfanter son oeuvre et l offrir a son frere Theo qui fut son mécène financièrement mais qui étant marchand de tableau jeta ses toiles dans sa cave.je ne m étendrait pas sur l artiste contemporain qui est soit le mignon d une riche galeriste soit un médiocre qui rassure soit l esclave d un marchand ! les conditions d une création ne sont pas réunies car soit il manque du coeur du mental ou du sexuel dans la création contemporaine ou seules des étoiles géantes comme Richard Serra Tapies et quelques autres sortent de l amas de détritus bon pour etre présenté dans la benne a ordure d un marchand de bois en recherche de respectabilité : françois Pineau n a jamais rien compris a l Art ! Sil avait vécu au 19 eme il aurait exposé des toiles de Carolus Durand ou de Cormon et aurait chassé Pissaro gauguin et van Gogh de son bureau ! C est un marchand de bois que diable!! pas autre chose!!!!!!!!!
Ecrit par : lemurien1977 | 02.11.2008
Le Monde - Il y a 3 heures
L'exposition anatomique de vrais corps humains "Our body, à corps ouvert", présentée depuis le 12 février à l'Espace 12, boulevard de la Madeleine à Paris, a été interdite mardi 21 avril par le juge des référés au tribunal de grande instance de Paris
Ecrit par : gilles devers | 22.04.2009
J'avais un pote, qui à la Toussaint, exposait les ossements des têtes d'ancêtres dans son salon. Il laissait bien entendre que c'était interdit, mais qu'il s'agissait de sa famille et qu'il n'était pas anormal de se rapprocher d'eux en cette occasion et de les sortir une fois l'an, histoire de les aérer.
C'est bien vrai, les tabous sont partout. On n'a plus le droit de rien faire.
Au fait Gilles, toi qui es le spécialiste informé, s'agirait-il d'un rite "franc-maçon" ?
Ecrit par : jean | 23.04.2009
Il y a longtemps qu'on n'avait pas lu ici, quelques horreurs de "jean", qui nous montre une fois de plus, qu'il a d'étranges fréquentations...
Cela dit, les corps venant de Chine, les organisateurs étant incapables de prouver qu'il s'agit bien des corps de personnes en ayant fait don tout à fait volontairement...
Ces organisateurs de cette exposition ont pour le moins, "mauvais genre".
Ils sont donc traités, avec beaucoup de retard, comme ils le méritent.
D'autre part, je propose que les visiteurs fassent le don de leur propre corps à "la science", pour réaliser une future exposition sur le même thème, mais en plus détaillé encore...
(je suppose qu'il s'est aussi pensé: "Ah bon! C'est des Chinois... Les tartuffes qui se paient la tête du président Iranien, me font un peu marrer, en effet)
Bien navicalmement
le matelot blogueur de "souvenirs de mer"
Ecrit par : Thierry BRESSOL | 23.04.2009
http://lesactualitesdudroit.20minutes-blogs.fr/archive/2008/10/28/l-art-le-corps-et-la-loi.html
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