Lundi 22 Juin 2009

EXPOSITION, BORDEAUX. L'ex-directeur des musées de Bordeaux et deux commissaires d'une exposition controversée sur l'enfance ont été renvoyés devant le tribunal correctionnel notamment pour "diffusion d'image de mineur à caractère pornographique",

De l'art ou du cochon ?

L'ordonnance notifiée hier par les juges d'instruction Jean-Louis Croizier et Marie Noelle Billaud suscitera très certainement une grande effervescence dans les milieux artistiques. Les deux magistrats chargés de l'enquête sur l'exposition "Présumés innocents, l'art contemporain et l'enfance" organisée en 2000 au CAPC à Bordeaux n'ont tenu aucun compte des réquisitions de non lieu formulées il y a quelques mois par le parquet. Ils ont renvoyé devant le tribunal correctionnel les trois organisateurs de la manifestation qui avait accueilli près de 30000 visiteurs : Henry-Claude Cousseau, aujourd'hui directeur de l'Ecole nationale supérieure des Beaux arts, Marie Laure Bernadac, commissaire de la récente exposition Picasso et ses maitres à Paris et Stéphanie Moisdon professeur d'histoire de l'art.

Si le procureur de Bordeaux ne releve pas appel, ils devront repondre des délits de diffusion et représentation d'images et de messages à caractère violent ou pornographique mettant en scène des mineurs ou susceptible d'être vus par ces derniers.

La décision de renvoi devant un tribunal correctionnel peut paraître d'autant plus étonnante que le parquet avait requis un non-lieu l'an dernier (voir ci-dessous)

Article paru le 20 mars 2008

L'expo blanchie

Huit ans après la plainte de l'association La Mouette, le parquet requiert un non-lieu pour les organisateurs de l'exposition Présumés innocents

Huit ans après la plainte de La Mouette, l'association agenaise de protection de l'enfance, contre les organisateurs de l'exposition Présumés innocents , le parquet de Bordeaux vient de prendre des réquisitions de non-lieu. Il estime aujourd'hui qu'il n'existe pas de charges suffisantes pour renvoyer Henry-Claude Cousseau, l'ancien directeur des musées de Bordeaux, et les deux commissaires de l'exposition, Marie-Laure Bernadac et Stéphanie Moisdon, devant un tribunal correctionnel. Depuis la fin 2006, ces trois personnalités du monde de l'art sont mises en examen pour corruption de mineurs et diffusion et représentation d'images et de messages à caractères pornographique mettant en scène des mineurs ou susceptibles d'être vues des mineurs.

Imaginée par Marie-Laure Bernadac, Présumés innocents conviait près de 80 artistes français et étrangers à croiser leurs regards sur l'enfance, sur leurs enfances. Sous l'angle du jeu et de l'imaginaire, de la sexualité et de la perversité, de l'émotion et de la frayeur.

Deux oeuvres en question.

Les images ou représentations de mineurs présentées dans le catalogue pouvaient surprendre, interpeller ou choquer, mais ne pouvaient être perçues comme représentant uniquement un caractère pornographique au sens d'une représentation grossière de la sexualité blessant la délicatesse et tendant à exciter les sens , souligne le réquisitoire du parquet de Bordeaux.

47 enseignants ayant accompagné des groupes scolaires ont été entendus par les enquêteurs. Tous ont salué la capacité de cette exposition à révéler la façon dont la société exploite l'image de l'enfant et la violence qu'il subit.

Annie Gourgues, la présidente de La Mouette, n'a pas vu l'exposition contre laquelle elle a porté plainte. C'est à partir de témoignages de visiteurs qu'elle a saisi la justice. Le débat s'est surtout focalisé sur les dessins de l'Italien Hugo Rondinone représentant des enfants et des animaux ayant des sexes humains et sur une vidéo qui passait en boucle au bout d'un tunnel en plastique. Filmée par sa mère, l'artiste autrichienne Elke Krystufek exhibait son corps quasi adolescent. Selon l'animatrice d'un centre social de l'agglomération bordelaise, on la voyait se masturber avec un concombre et se coudre le sexe.

Interrogés par les enquêteurs, les commissaires de l'exposition, certains membres du personnel du CAPC ont reconnu que ces uvres pouvaient revêtir un caractère ambigu et heurter certaines sensibilités. Mais, contrairement aux affirmations de La Mouette, ils ont soutenu qu'aucun mineur n'avait eu accès à ces deux salles. Une signalétique particulière avait été mise en place et des surveillants postés à proximité.

Pas de preuves.

Les gendarmes en charge des premières investigations avaient reconnu ne pas pouvoir rassembler d'élément matériel probant . Le parquet de Bordeaux dresse aujourd'hui un constat similaire. En l'état, à défaut de déterminer précisément l'oeuvre présentée, de pouvoir en apprécier le contenu, aucune infraction ne saurait être établie.

Dominique Richard

http://www.sudouest.com/accueil/actualite/france/article/627412/mil.html